Kitsu évolue : une feuille de route conçue avec les studios
Gwénaëlle Dupré, Chief Product Officer chez Kitsu, est montée sur scène lors du Kitsu Summit 2026 pour présenter les toutes nouvelles fonctionnalités de la plateforme et partager une feuille de route claire, trimestre par trimestre, pour 2026. La présentation combinait une démo en direct à une discussion sur la direction que doit prendre le logiciel de gestion de la production d’animation.

Gwénaëlle fait partie des visages les plus visibles de Kitsu, la plateforme open source de suivi de production développée par CGWire. En tant que CPO, elle se situe à l’intersection entre les retours utilisateurs et la direction produit, et le Summit lui a offert une salle remplie de professionnels de studios d’animation pour échanger directement.
Un planning de production plus intelligent
La fonctionnalité la plus marquante montrée en direct par Gwénaëlle était le planning de production amélioré. À première vue, l’affichage du planning semble familier, mais il prend désormais en charge plusieurs gestes qui éliminent les tâches manuelles fastidieuses.

- Le glisser-déposer pour attribuer des tâches permet à un responsable de production de déplacer une tâche d’un artiste à un autre directement sur la chronologie du planning. Ajuster les dates de début et de fin d’une tâche ne nécessite rien de plus que de cliquer et d’étirer une barre. Pour les studios qui traitent des dizaines, voire des centaines, de plans, ce type de manipulation directe supprime un vrai goulot d’étranglement.
- L’autre amélioration du planning répond à une situation courante en début de production : des tâches existent, mais n’ont pas encore été affectées à quelqu’un. Au lieu d’ouvrir chaque tâche individuellement, un responsable peut désormais sélectionner un lot de tâches non assignées et les déposer sur le planning en une seule action. Kitsu se charge ensuite de répartir. Comme l’a résumé Gwénaëlle : « Kitsu n’est pas votre responsable de production et ne saura pas exactement que ce plan est plus difficile que les autres. C’est juste une façon de faire le gros du travail. »
L’estimation face à la réalité, visualisée
Une fois qu’un planning existe, la question devient : est-ce que la réalité correspond au plan ? Kitsu superpose désormais plusieurs sources de vérité sur une seule chronologie de tâche :
- La durée estimée apparaît sous forme de la longueur même de la barre.
- Les jalons de statut s’affichent sous forme de lignes verticales colorées indiquant quand un artiste a réellement commencé une tâche, quand elle est partie en première relecture, et quand elle a reçu la validation finale.
- Les données de feuille de temps apparaissent sous forme d’une ligne fine au-dessus de la barre d’estimation, reflétant les heures réellement enregistrées par l’artiste chaque jour.
Ces trois couches permettent à un responsable de production de voir, d’un coup d’œil, si l’estimation initiale a tenu. Fini les allers-retours entre un tableur et l’affichage des tâches pour reconstituer une vue d’ensemble.

Kitsu montre aussi les tâches juste avant et juste après n’importe quelle tâche donnée. Une barre verte à gauche indique que la tâche en amont (par exemple, le layout) a déjà été validée. Une barre surlignée en rouge à droite signale que la tâche en aval (par exemple, le compositing) est déjà en retard pour démarrer. Cela donne aux superviseurs un avertissement visuel rapide avant qu’un goulot d’étranglement ne devienne une crise.
Le planning intégré à la page de tâche
Auparavant, consulter le planning impliquait de quitter la page du plan ou de l’actif. Kitsu intègre désormais le planning directement dans la page de tâche. Un seul bouton permet d’afficher/masquer la vue planning, afin qu’un responsable de production puisse vérifier les échéances, effectuer des ajustements et rester dans le contexte, sans avoir à naviguer constamment.

Outils de budget : une première version pratique
Gwénaëlle a été claire : la fonctionnalité budget est une première étape, pensée en particulier pour les studios et agences plus petits, plutôt que pour les grosses productions avec une comptabilité complexe. Mais pour les studios qui suivent actuellement les coûts dans des tableurs, c’est mieux que les alternatives !
La base repose sur quelques nouveaux champs dans l’annuaire des personnes : poste (superviseur, responsable ou artiste), ancienneté (senior, intermédiaire ou junior) et tarif journalier. Seuls les responsables de studio peuvent voir ces informations.

À partir de là, les studios peuvent définir une grille de salaires par département, ce qui permet de planifier un budget avant même que les personnes spécifiques ne soient embauchées. Si un studio sait qu’il lui faudra un animateur senior pendant trois mois, mais ne sait pas encore qui ce sera, il peut modéliser le coût en utilisant la grille du département.
La vue budget accepte également les coûts de licences logicielles et les coûts liés au matériel, chacun étant rattaché au département concerné. Comme Kitsu sait quels artistes appartiennent à quel département, il peut calculer automatiquement combien de licences restent disponibles au fur et à mesure que l’équipe grandit.

La vue d’ensemble complète du budget montre une ventilation mensuelle des dépenses projetées, un découpage des coûts par département, ainsi qu’une comparaison entre coûts estimés et coûts réels à partir des données de feuille de temps. Les studios peuvent enregistrer plusieurs versions du budget au fur et à mesure que la production évolue, en conservant la trace de la manière dont les estimations changent au fil du temps. Comme l’a expliqué Gwénaëlle : « On estime ce montant d’argent qui va sortir. C’est le coût réel. Peut-être que vous êtes au-dessus, peut-être en dessous. J’espère que votre estimation correspondra, parce que vous avez tout planifié parfaitement. »
Deux fonctionnalités à connaître
Au-delà du planning et des budgets, Gwénaëlle a mis en avant deux ajouts plus modestes déjà en ligne.
- La vue “contact sheet” permet à un studio de visualiser l’ensemble de sa production sous forme de grille d’images miniatures, plutôt que sous forme de liste de tâches. Les mêmes filtres que partout ailleurs dans Kitsu s’appliquent ici : les studios peuvent affiner l’affichage par statut, département ou responsable, tout en conservant l’aperçu visuel.
- Les playlists basées sur les tâches ajoutent un second axe à l’outil de playlists existant. Là où la playlist d’origine fait défiler les plans dans l’ordre, la nouvelle vue permet à un relecteur de consulter côte à côte plusieurs tâches pour le même plan. C’est particulièrement utile quand différentes parties d’un plan (par exemple l’animation et l’éclairage) doivent être revues simultanément plutôt que séquentiellement.

Le système de plugins : Kitsu comme plateforme
L’annonce la plus tournée vers l’avenir dans la partie “live” de la présentation a été l’introduction d’un système de plugins. Kitsu peut désormais être étendu avec des fonctionnalités personnalisées, intégrées à l’interface et respectant le même langage visuel que le reste de l’outil.
L’exemple de Gwénaëlle était un simple système de tickets, démontrant que l’API des plugins est accessible même sans expérience approfondie en ingénierie.

La vision à plus long terme est celle d’un marketplace communautaire où les studios partagent et installent des plugins répondant à des besoins courants : « Beaucoup de gens créent un plugin pour Kitsu, et ensuite il y a un marketplace dans lequel vous pouvez piocher, selon ce que vous voulez et ce dont vous avez besoin. »
Dans cette optique, Kitsu a consolidé sa documentation développeur en un seul endroit, en remplaçant les références dispersées sur plusieurs sites. L’objectif est de permettre à n’importe qui, avec des connaissances de base en développement, de construire et de contribuer.
La feuille de route, étape par étape
Gwénaëlle a découpé le développement de Kitsu en trois phases. La phase un (gestion des tâches, workflows de relecture et intégrations de base) est terminée. La phase deux, à laquelle correspond la version actuelle, se concentre sur la planification, le budget et le suivi du carbone. La phase trois portera sur des intégrations plus profondes, une approche du format de fichiers pour les séries TV, et un kit d’interface utilisateur pour les outils tiers.

Voici ce qui est prévu pour le reste de l’année :
- Trimestre 1 - Plugin carbone, documentation développeur, planification des épisodes. Le plugin carbone permettra aux studios de mesurer l’empreinte environnementale de leur utilisation de Kitsu. La planification des épisodes étendra la vue chronologie pour que les séries TV puissent descendre du niveau épisode vers des plans individuels, avec une profondeur déjà disponible pour les productions au format court.
- Trimestre 2 - Relecture côté client, outils de dessin, budgets hebdomadaires et quotidiens. L’amélioration de la relecture côté client vise à simplifier l’expérience pour les parties prenantes externes qui n’ont pas besoin d’un accès complet à Kitsu. Les liens sécurisés remplaceront le flux “connexion et mot de passe”, et ces liens enregistreront toujours qui a consulté quoi. La mise à jour des outils de dessin ajoutera une gomme et des formes de base. Les découpages de budget hebdomadaires et quotidiens rendront l’outil plus pratique pour les productions au format court.
- Trimestre 3 - Reporting amélioré, filtres globaux renforcés, client JavaScript. Ce trimestre est axé sur les responsables de production qui ont besoin de données plus faciles à lire d’un coup d’œil. Les nouvelles pages de rapport et des filtres plus flexibles permettront de faire remonter plus facilement les informations qui comptent. Le client JavaScript (comparable à la bibliothèque Python existante, Gazu) permettra aux développeurs travaillant sur des outils basés sur JavaScript comme Prism de lire et d’écrire des données Kitsu par programmation.
- Trimestre 4 - Design responsive, permissions de projet, modèles de projet. Le support mobile se concentrera d’abord sur le workflow de relecture. Les permissions de projet permettront aux studios de définir des règles d’accès au niveau de la production plutôt que de tout appliquer à l’échelle du studio. Les modèles de projet permettront à un studio de définir une pipeline standard une fois pour toutes et de la réutiliser, soit à partir d’un modèle enregistré, soit en dupliquant une production existante.

Ce que cela signifie pour les studios d’animation
Le fil conducteur de tout le développement de Kitsu est le même : réduire le nombre d’outils entre lesquels une équipe de production doit basculer, et rendre les informations déjà présentes dans le système plus faciles à exploiter.
La planification, le budget, la relecture et le reporting ne sont pas des problèmes séparés. Ils partagent les mêmes données : qui travaille sur quoi, pendant combien de temps, et à quel coût. Kitsu construit une version dans laquelle un responsable de production peut répondre à toutes ces questions depuis une interface unique, sans exporter vers un tableur ni maintenir un plan de projet distinct.
Pour les studios qui suivent encore la production via un mélange de documents partagés, de discussions par e-mail et d’outils déconnectés, c’est le cas concret pour passer à une plateforme conçue pour répondre à ces besoins et la garder à jour. Les fonctionnalités démontrées par Gwénaëlle sont déjà en ligne. La feuille de route est publique. Et, comme elle l’a elle-même décrit, le processus de développement repose sur des retours directs des studios présents. Il ne nous reste plus qu’à vous attendre !


