Une excellente façon d’améliorer la qualité de vos animations est de rendre vos mouvements moins linéaires et davantage sinueux.
C’est ce que les animateurs de Disney appellent le principe de l’arc, et c’est l’un des 12 principes qu’ils ont utilisés dans les années 1930 pour propulser leurs studios vers le succès mondial.
Dans cet article, vous découvrirez pourquoi les arcs sont essentiels et les meilleures façons de les utiliser dans vos animations pour un effet maximal.
Continuez la lecture pour des conseils pratiques !
Qu’est-ce que le principe de l’arc ?
Le principe de l’arc désigne le chemin visuel suivi par les objets ou les personnages lorsqu’ils se déplacent dans l’espace. Ce trajet est souvent un arc plutôt qu’une ligne droite afin de refléter la façon dont les choses bougent dans le monde réel.
Par exemple, un bras qui balance ne va pas tout droit d’un point à un autre : il suit plutôt une trajectoire parabolique. Remarquez comment les animateurs de One Piece jouent avec la trajectoire du bras de Luffy pour rendre les scènes plus attrayantes :
Pourquoi le principe de l’arc est-il important ?
Comme mentionné précédemment, les arcs rendent les séquences animées plus réalistes. En réalité, la plupart des mouvements suivent une courbe : le balancement des jambes en marchant, la trajectoire d’une balle qui rebondit, ou encore pour transmettre de l’élan dans une action de suivi.
Mais ils rendent aussi les scènes plus attrayantes : nos cerveaux sont câblés pour apprécier ces courbes naturelles. Lorsqu’une animation ne les utilise pas, elle paraît rigide.
Les trajectoires de mouvement peuvent également servir d’outils narratifs pour mettre en avant les traits de personnalité des personnages ou leurs états émotionnels : un personnage qui se déplace selon des trajectoires nettes et angulaires semble tendu, tandis qu’un autre qui bouge avec des arcs fluides paraît plus détendu.
1. Planifier avec des miniatures, des storyboards & des animatiques
Une bonne planification garantit que les arcs restent cohérents tout en gagnant du temps et en limitant les efforts : lorsque vous connaissez la trajectoire que le mouvement doit suivre, vous évitez des révisions inutiles.
- Aligner les arcs avec les intentions du personnage - Réfléchissez aux motivations et aux émotions qui sous-tendent le mouvement de votre personnage. Aligner les arcs sur ces intentions renforce à la fois le mouvement physique et la narration.
- Esquisser des miniatures ou des storyboards pour cartographier les poses clés et les arcs - Avant d’animer quoi que ce soit, prenez le temps d’esquisser des storyboards. Ces dessins approximatifs vous donnent une vue d’ensemble de votre animation afin de poser les poses clés et les arcs qu’elles suivront.
- Utiliser les animatiques pour tester le flow - Convertir vos storyboards en animatiques—des storyboards animés qui incluent le timing, le mouvement et les transitions. Elles vous permettront de visualiser à quel point vos arcs et vos poses s’enchaînent dans le temps afin de les affiner avant de vous engager dans le processus d’animation complet.
2. Visualisation de l’arc avec les trajectoires de mouvement et le peau d’oignon
Visualiser les arcs est essentiel pour comprendre la progression naturelle de votre mouvement. Vous pouvez utiliser deux fonctionnalités d’outils DCC pour ce cas d’usage :
- Trajectoires de mouvement - Les trajectoires de mouvement permettent de voir le parcours d’un mouvement sur une série d’images. En observant ces trajectoires, vous pouvez ajuster le mouvement pour qu’il suive des arcs fluides et circulaires plutôt que des lignes droites.
Par exemple, dans Blender, les trajectoires de mouvement sont affichées en rouge pour les images passées et en vert pour les images à venir :
- Peau d’oignon - Le peau d’oignon vous montre plusieurs images à la fois afin de voir leur progression dans le temps. Ainsi, vous pouvez vous assurer que vos animations arquées seront bien rendues.
3. L’ease-out pour le réalisme
Sans un bon timing et un bon espacement, les arcs paraîtraient “de travers”. Tandis que le timing est le rythme de votre animation, l’espacement correspond à la distance parcourue par votre objet entre chaque image.
Imaginez une voiture qui s’arrête ou un sprinteur qui pousse sur les blocs. La clé pour animer ces mouvements réside dans l’easing, aussi connu en animation comme le principe du slow in/out.
En ajustant l’espacement de vos keyframes, vous créez l’illusion d’une accélération et d’une décélération, pour rendre les mouvements plus fluides. Commencez par avoir davantage d’images placées plus près les unes des autres au début et à la fin du mouvement.
Dans Blender, l’éditeur de courbes est votre meilleur allié en matière d’easing. En manipulant les courbes d’ease, vous pouvez affiner la façon dont les propriétés de l’animation changent au fil du temps. Les courbes lisses en forme de “S” produisent souvent un mouvement plus naturel, tandis que des courbes plus tranchées peuvent créer des mouvements plus nerveux et dynamiques.
4. L’exagération au service de la narration
L’animation ne consiste pas uniquement à reproduire la réalité : vous devez repousser les limites pour les besoins de la narration.
En amplifiant vos arcs, vous injectez de l’énergie dans les scènes.
- Repousser les limites - Commencez par étirer légèrement les arcs du mouvement d’un personnage au-delà de ce que vous aviez prévu au départ. Expérimentez le niveau d’exagération. Par exemple, lorsqu’un personnage court, envisagez une courbe plus marquée dans sa pose. Le “ninja run” de Naruto est iconique précisément parce que le corps est exagérément arqué :
- Expressions faciales - Mais les arcs ne se limitent pas aux membres et au corps : vous pouvez aussi les utiliser dans les animations du visage. Lorsqu’on passe d’une grimace à un sourire, observez les arcs formés par les sourcils et les coins de la bouche. Les états émotionnels influencent aussi l’arc de votre lip-sync. Regardez tous les arcs utilisés dans le langage corporel d’Homer Simpson, montrant comment il passe de l’inconfort au choc :
5. Ne pas oublier le follow-through & l’action superposée
Un arc fluide doit inclure d’autres principes d’animation, comme le follow-through et l’action superposée.
Le follow-through correspond à la continuation du mouvement après l’action principale. Un personnage qui saute aura les cheveux, les vêtements amples et les membres qui “traînent” derrière l’action de saut principale. Si des arcs sont impliqués, ils influenceront aussi le follow-through. Il en va de même pour l’action superposée, où différentes parties du personnage bougent à des vitesses différentes.
- Utiliser des images de référence - Importez des images de référence dans votre outil DCC et observez les délais dans le mouvement : par exemple, la main qui balance après que le bras a cessé de bouger.
- Décomposer le mouvement - Lors de la planification de votre animation, séparez les actions en mouvements principaux et secondaires. Pensez à ce qui doit mener et à ce qui doit suivre.
- Animer en couches - Concentrez-vous d’abord sur le mouvement central, puis ajoutez les éléments de follow-through ensuite. Cette méthode aide à garder une trace de l’enchaînement et de l’impact de chaque élément sur le mouvement global.
6. Anti-principe : les animations linéaires
Les règles sont très bien, mais elles sont faites pour être enfreintes !
Il existe des situations où s’écarter d’un mouvement en arc avec des mouvements linéaires n’est pas seulement efficace, mais nécessaire pour transmettre une humeur précise ou une idée.
Les mouvements linéaires sont parfaits pour représenter des entités mécaniques comme les robots ou les machines, car ils donnent une impression de précision, de calcul et de naturalité artificielle. Dans Cyberpunk Edgerunners, les mouvements animés d’Adam Smasher sont simplement des images traduites :
Ils peuvent aussi servir à créer une sensation de tension ou de malaise. Des mouvements soudains et directs cassent la fluidité d’une scène et introduisent des moments abrupts pour des scènes d’horreur ou des retournements de situation.
Inversement, une sortie brusque en ligne droite d’un personnage hors de la scène, en ignorant toutes les lois physiques, met en avant l’absurdité ou l’urgence de l’action pour provoquer le rire.
Conclusion
Le principe de l’arc contribue de manière significative au rythme visuel, au réalisme et à l’attrait des mouvements. Vous n’avez pas besoin de grand-chose pour améliorer vos animations :
- Commencez par esquisser les poses clés. Visualisez et dessinez le chemin d’arc qui relie ces poses.
- Utilisez des repères ou des techniques de peau d’oignon dans votre logiciel d’animation pour voir la trajectoire de votre mouvement.
- Les arcs ne servent pas uniquement à la position : ils concernent aussi le timing. La vitesse de mouvement le long de l’arc influe sur la fluidité de l’animation.
- En poussant les poses et en prolongeant la trajectoire au-delà de ce qui pourrait sembler réaliste, vous pouvez renforcer le pouvoir expressif de votre animation.
- Une fois que l’action principale de votre personnage est terminée, des éléments comme les vêtements, les cheveux ou les membres continuent de suivre la trajectoire de l’arc.
Assurez-vous aussi de jeter un œil à aux 11 autres principes d’animation pour mieux comprendre le principe de l’arc et la façon dont ils se répondent, mais n’oubliez pas de temps en temps de casser les règles et d’utiliser des mouvements linéaires pour obtenir des résultats intéressants !


